Aux petits mots les grands remèdes

Un ouvrage de Michaël Uras aux éditions Préludes

Alexandre, dit Alex, exerce un métier peu commun : un peu magicien du livre, il est bibliothérapeute. Il soigne les maux par les mots. L’ouvrage entraîne le lecteur dans la thérapie de trois personnages aux profils divers : un adolescent hors normes, un vendeur de montres homophobe, une star du football. Entre doutes, rebellions, remises en cause, les patients progressent au rythme des livres prescrits par Alex.
En effet Alex étudie chaque cas pour proposer la révélation littéraire la plus adéquate. Mais Alex doit aussi s’occuper de sa propre vie et de ses relations tumultueuses avec Mélanie. Des histoires compliquées où la littérature est toujours présente.
Très prenant, cet ouvrage entraîne son lecteur dans une très belle promenade littéraire à la fois érudite et sympathique. En prescrivant des lectures sous le couvert d’Alex, l’auteur donne envie à son lecteur de relire des classiques ou de faire de nouvelles découvertes. Le style est clair et rend l’ouvrage agréable à lire. Erudit sans être pédant, on se plaît à suivre les traces du bibliothérapeute dont on aimerait bien être le patient.

Merci à NetGalley France et aux éditions Préludes pour la découverte de ce beau livre

L’instant critique : « Saisons de papier » de Jean-Paul Enthoven

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« Quelques années plus tard, j’étais devenu ce que l’on appelle officiellement un « critique littéraire » – c’est-à-dire une espèce hybride, préposée au supplément d’âme requis par les entreprises de presse, et dont les membres ne sont ni vraiment des écrivains, ni vraiment des journalistes »

Dans ce recueil de critiques littéraires qui s’étalent sur plusieurs décennies, Jean-Paul Enthoven nous livre avec justesse, parfois agacement mais toujours avec brio sa vision de la littérature des XXème et XXIème siècles. L’ouvrage est découpé en huit parties, qui vont de « Dandysmes » à « Idées, idéologies », et qui regroupent des chroniques autour d’un même thème.

Jean-Paul Enthoven est un observateur parfois impitoyable, parfois amoureux des écrivains. Christine Angot n’échappe pas à sa plume acerbe dans un texte intitulé « l’égo d’Angot » : « Ainsi l’affaire Angot est sans issue. Et tout lecteur prend le risque d’être fusillé, soit par une salve de mépris, soit par une rafale d’analyse sauvage. C’est dire que la Angot est beaucoup plus qu’un écrivain : c’est un peloton d’exécution ».

L’écrivain se promène dans la littérature de son époque, en explore la petite histoire (c’est ainsi que l’on retrouve un Roland Barthes tourmenté par la problématique du corps, une Françoise Sagan pressée de vivre et d’écrire). Des écrivains, généralement considérés comme mineurs ou oubliés sont aussi convoqués : Maurice Sachs, Constant …

Jean-Paul Enthoven, avec ses partis pris, ses choix littéraires, ne se pose pas en érudit (même s’il l’est) mais en passeur culturel. Le lecteur appréciera ou non cette position critique subjective mais qui fait renaître un pan entier de la littérature. De très beaux entretiens avec des écrivains (on appréciera particulièrement celui avec Borges) donnent vie à la littérature.

Un livre qui donne envie de lire ou relire les auteurs d’un tableau de la littérature qui se constitue au fil des pages.

(Merci aux éditions Grasset et à NetGalley France qui m’ont permis de lire ce bel ouvrage)

Une nouvelle policière : « Les têtes coupées » de Lucille Cottin

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Incipit : « Nous approchions de la fin du mois de décembre. Les rues de Londres étaient envahies de brouillard et de lumières de Noël. C’était l’effervescence. Autour de moi s’affairaient bon nombre de bourgeois, sillonnant les rues à la recherche de leurs derniers cadeaux. Moi, j’errai, amusé. »

Lorsque j’ai commencé à lire Les têtes coupées de Lucille Cottin (mon auteur fétiche aux éditions l’Arlésienne), j’ai tout de suite pensé à ces « monstres » qu’exposaient dans des bocaux remplis de formol les vieux museum d’histoire naturelle. Vision glaçante et sidérante comme elle l’est pour Freddy Stratton lorsqu’il découvre une tête coupée dans un bocal chez un commerçant de sa connaissance.

Le banquier-détective mène l’enquête et met à jour une mystérieuse société secrète qui s’organise autour d’ une série de têtes coupées. Impossible d’en dire plus pour ménager le suspens qu’instille Lucille Cottin au fil des pages. Grâce une écriture fluide et limpide, un art maîtrisée de la nouvelle, l’auteur prouve une nouvelle fois qu’il faut compter avec elle dans ce genre un peu méconnu en France.

Lettre ouverte : Amis écrivains, et si vos lecteurs vous parlaient un peu d’argent ?

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Je ne fais pas partie de ces lecteurs « romantiques » qu’évoque Camille Laurens dans sa profession de foi parue le 25 mars 2016 dans Libération. Je ne méconnais pas la chaîne du livre et sais bien que les écrivains ne vivent pas de l’air du temps et ont souvent un autre métier.

Mais la lectrice compulsive que je suis, tout en estimant qu’il faut rémunérer votre travail, est aussi confrontée à son banquier. Soyons honnêtes : près de 20 euros en version brochée et environ 14 euros en numérique pour une nouveauté, c’est cher !

Comme je rechigne à aller en bibliothèque (j’y ai passé des heures et des heures durant mes universitaires), je déploie des trésors de stratégies pour assouvir ma soif de lecture : attente de la sortie en poche, achat d’occasion (toujours des livres indiqués « comme neuf » sur les différents marketplace, je n’aime pas la maltraitance livresque), échanges d’ebooks sans dmr avec mon entourage, achats auprès de maisons d’éditions pure players ou qui ont choisi un modèle éditorial qui prend en compte la réalité du lectorat et de l’écrivain (je pense à l‘Arlésienne, Publie.net, Numériklivres).

Qu’est-ce que je fais de cet argent économisé ? eh bien je rachète d’autres livres en version papier ou numérique. Et là, c’est un peu le paradoxe de ma démarche : j’économise pour mieux dépenser et je découvre des petites maisons d’édition qui sortent des sentiers battus (récemment le Monstrograph avec la Petite encyclopédie des introvertis de Coline Pierré).

Amis écrivains, vos lecteurs ont leur propre chaîne du livre ; une chaîne dictée par les contingences (le compte en banque) et un facteur plus irrationnel : la passion. Ne nous oubliez pas lors de vos discussions avec vos éditeurs ! L’équilibre est difficile à trouver mais on compte sur vous !

Setup 2016 / Mon bureau numérique

Ecrire pour le web, utiliser les mots ou les images suppose un environnement de travail numérique. Je vous propose de découvrir le mien et mes outils, outils dont je ne me sens nullement esclave. Selon moi la technique doit être mise au service de la création (même modeste) et ne pas être un frein à l’imagination, bien au contraire.